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Préhistoire

A l’origine de la théorie de l’Evolution

Je publie ici une partie d’un article sur Darwin et sa théorie de l’Evolution que j’avais rédigé pour le magazine Nexus d’octobre-novembre 2016.

Tout le monde a déjà entendu parler de Charles Darwin et tout le monde a également entendu parler de la théorie de l’Evolution. Aujourd’hui, il est courant de relier les deux. Pourtant, la théorie de l’Evolution n’a pas surgi comme par enchantement du cerveau fécond de Darwin. Comme tout scientifique, il s’est appuyé sur les travaux de ses prédécesseurs, parfois anciens, pour élaborer ses propres hypothèses à partir de ses observations.

Ainsi, Il ne faudrait pas faire l’erreur de penser que Darwin est venu occuper un champ laissé vacant.

Déjà les Grecs avaient établi une classification des êtres vivants. Avant eux, la pensée antique était imprégnée d’une vision cosmologique considérant le monde dans la globalité des éléments qui le composent et non dans la distinction de ses parties. C’est Aristote qui, au IVe siècle avant notre ère, bouleverse la conception du monde avec sa scala naturae, la « grande chaîne de la vie » qui hiérarchise les éléments qui composent notre monde pour la première fois. Parmi ceux-ci, les êtres vivants avec les plantes au bas de l’échelle, les hommes tout en haut et les animaux entre les deux. Mais nulle notion d’évolution n’apparaît encore. Pour les penseurs grecs comme Aristote, ce qui existe reste tel qu’au premier matin du monde.

Les intellectuels de la Renaissance et de l’époque moderne occidentale ont hérité de ce système de pensée et ont tenté de lui apporter des précisions, mais c’est le XVIIIe siècle qui va marquer un tournant décisif dans la pensée scientifique. En effet, de Linné à Lamarck en passant par Buffon,
la conception que les savants se font de la nature s’éloigne de la hiérarchisation héritée des Anciens pour se rapprocher d’un réseau de formes vivantes complexe et ramifié. L’idée que le monde vivant est un système stable et sans changement depuis les origines cède la place à l’hypothèse de variations spontanées que l’on attribue tantôt au hasard (Linné), tantôt aux contraintes environnementales (Buffon).

Buffon pose les premières assises d’une idée d’évolution en évoquant la possibilité, pour des formes de vie manifestant d’évidentes ressemblances, comme l’âne, le cheval et le zèbre, d’avoir un ancêtre commun. Mais l’âge que l’Église, alors toute-puissante, attribue à la Terre, soit environ 6000 ans, n’est pas pour favoriser une théorie de l’évolution quelle qu’elle soit. Pour contourner ce problème, Buffon vieillit la planète de quelques milliers d’années, osant braver les foudres de l’Église en avançant l’âge de 74 000 ans. Il évoquera même, dans ses écrits personnels, un âge de 10 millions d’années, mais il n’osera jamais le publier…

Avec Lamarck, plus jeune de quelques décennies, sont posées les bases du
« fonctionnalisme ». Selon lui, les êtres vivants descendent d’ancêtres dont on retrouve les fossiles et desquels ils ont hérité des caractères acquis selon les besoins de chaque espèce. L’exemple le plus connu pour illustrer sa pensée est celui de la girafe, dont le cou se serait allongé pour permettre l’accès aux frondaisons des arbres. Lamarck n’utilise pas encore le terme d’évolution, mais celui de descendance avec modification.

Si l’on connaît surtout Goethe pour ses œuvres littéraires, il ne faut pas négliger son apport scientifique, notamment dans le domaine biologique au tournant du XIXe siècle. C’est en effet lui qui fonde l’école structuraliste à laquelle appartiennent aussi Geoffroy Saint-Hilaire et Richard Owen. Pour les structuralistes, le monde du vivant repose sur des archétypes qui définissent les caractères fondamentaux de toute forme de vie dérivant d’eux. Ces archétypes exercent donc des contraintes sur les adaptations éventuelles que la forme de vie connaîtra au cours de son évolution, allant jusqu’à les limiter à certaines possibilités. Selon ce point de vue, c’est la forme qui l’emporte sur la fonction et non l’inverse.

Au début du XIXe siècle s’affrontent ainsi deux écoles scientifiques : les structuralistes et les fonctionnalistes. Darwin ira à contre-courant des premiers, prenant le parti des fonctionnalistes à la suite de Lamarck. Sa théorie va occuper le devant de la scène pendant les 150 ans qui allaient suivre, reléguant les structuralistes au rang de romantiques Ainsi, c’est bien l’hypothèse de sélection naturelle qui a « fait » Darwin, alors que le concept d’évolution était dans l’air depuis près d’un siècle.

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