Pompéi
Rome

De nouvelles splendeurs découvertes à Pompéi

Pompéi n’aura jamais fini de nous émerveiller mais, surtout, de nous émouvoir. Lors des nouvelles fouilles de 2018-2019, les plus importantes en superficie depuis la Seconde Guerre Mondiale, un quartier entier a été mis au jour, nous en apprenant un peu plus sur les dernières heures vécues dans la terreur par les Pompéiens.

En haut du plan, la zone de la région 5 fouillée en 2018-2019

Ce sont deux mille mètres carrés qui ont été excavés dans le secteur n° 5 de la ville. Ce quartier était resté intact depuis l’éruption du Vésuve et les archéologues ne savaient donc pas ce qu’ils allaient y découvrir. 30 % de la ville antique dort encore sous les cendres, confiée aux archéologues du futur. Ce que l’on en connaît déjà nous a néanmoins permis de comprendre le déroulement des événements qui ont eu lieu en 79 de notre ère.

Que ce soit la Maison du Faune ou celle des Vettii, ses rues aux passages piétons surélevés pour ne pas marcher dans l’eau, ses mosaïques et ses peintures somptueuses, tout le monde a déjà vu l’une ou l’autre des merveilles de Pompéi.

Bien sûr, on en retient surtout les moulages de ces corps contorsionnés par la souffrance et dont l’empreinte en négatif a été miraculeusement préservée par la couche de cendres, comme un contrepoint tragique à la douceur de vivre dans une cité de villégiature aux temps fastueux de l’Empire romain, entre Méditerranée et pentes du Vésuve couvertes de vigne.

Lorsque les archéologues ont commencé leurs travaux dans le secteur n° 5, ils s’attendaient à trouver de nouveaux trésors. Ils n’ont pas été déçus. Les fouilles ont révélé la vie d’une rue tout entière, où tout le monde se connaissait et se côtoyait quotidiennement.

Deux maisons importantes ont été mises au jour, ainsi que leurs peintures. Une inscription découverte sur un mur semble avoir résolu un problème de datation. Et, bien sûr, de nouveaux corps suppliciés ont été mis au jour.

Dans la première habitation, baptisée la Maison au Jardin, les chercheurs ont découvert, dans ce qui fut le triclinium (la salle à manger), le portrait de la maîtresse de maison, si bien conservé avec son nez droit, ses joues pleines, ses perles aux oreilles et ses lèvres bien ourlées esquissant un sourire à la Mona Lisa, qu’on aurait presque pu entendre sa voix.

Des matériaux bruts abandonnés, comme des plaques de marbre non taillé, nous apprennent que la maison était en travaux. Quelques années avant l’éruption du Vésuve, en 62, un fort tremblement de terre avait en effet endommagé bon nombre de maisons et les travaux de réfection étaient encore en cours 17 ans plus tard. La rue elle-même était en train d’être refaite.

Inscription au charbon

Une autre découverte importante, voire essentielle, a été faite dans la Maison au jardin. Il s’agit d’une inscription au charbon sur le mur d’une remise : XVI K nov., « 16 jours avant les calendes de novembre », soit le 17 octobre 79. Le charbon ne se conservant que peu de temps, cette date n’a pu être tracée sur le mur que quelques jours avant l’éruption. Pourtant, Pline le Jeune, qui a assisté à l’éruption depuis l’autre côté de la baie, mentionne dans ses écrits la date du 24 août 79, date que tous les historiens ont repris jusqu’à aujourd’hui. Cette nouvelle date du 17 octobre n’est pas la seule preuve que Pline a peut-être été mal retranscrit. La présence d’un brasero, utilisé pour se réchauffer par une fraîche soirée d’automne, ainsi que des fruits de la même saison retrouvés dans des amphores, nous confirment que la date du 24 octobre 79 serait sans doute celle qui a vu les dernières heures de Pompéi.

Dans la seconde habitation, la Maison de Jupiter, deux mosaïques ont été retrouvées au sol, représentant des scènes qu’on n’avait encore jamais vues dans l’art romain. Elles racontent deux moments d’un même mythe, celui d’Orion. Dans la première mosaïque, on le découvre en tant que chasseur et dans la deuxième, il est transformé par Zeus en un amas d’étoiles qui a donné son nom à la constellation.

Le propriétaire de cette maison était manifestement un personnage cultivé, amateur de culture grecque et d’astronomie.

Des inscriptions électorales trouvées sur les murs de la rue nous apprennent que les politiciens locaux étaient en campagne pour les élections qui avaient lieu chaque année en automne.

Dans cette même rue, le squelette d’un homme tentant de s’enfuir reposait sur la couche de lapili. Il est donc sorti par le premier étage de l’une des maisons, qui comportait un balcon, la rue étant déjà recouverte par cinq mètres de lapili, au moment où s’est abattue la coulée pyroclastique (une vapeur de plusieurs centaines de degrés) provenant du volcan.

De l’autre côté de la rue, dans la Maison au jardin, des ossements appartenant à plusieurs individus ont été découverts dans l’une des chambres à coucher, baptisée macabrement par les chercheurs la Chambre aux squelettes. La pièce était dépourvue de lapili, ce qui signifie que le toit de la maison avait résisté dans cette partie de la maison et que les individus retrouvés là s’y étaient réfugiés. Mais quand la coulée pyroclastique est arrivée, elle a tout balayé sur son passage et n’a laissé aucune chance aux malheureuses personnes retranchées dans la dernière pièce de la maison encore intacte.

Une analyse ADN des ossements a révélé que les personnes rassemblées ici n’étaient pas toutes de la même famille. Il y avait là une femme d’une trentaine d’années et son enfant d’environ dix ans, une jeune femme de moins de vingt ans et son bébé, une femme d’une cinquantaine d’années (peut-être la maîtresse de maison), un jeune enfant de trois ans et quatre autres enfants d’une dizaine d’années . Les hommes de la maison ont peut-être aidé des passants pris au piège de la pluie de lapili à se réfugier là, essentiellement des enfants.

Dans une rue voisine est retrouvée une peinture représentant le mythe grec de Zeus se transformant en cygne afin de séduire Léda.

Fresque du mythe de Léda
Reconstitution d’un thermopolium

Au coin de la rue, un thermopolium (une taverne) apparaît progressivement sous les coups de pioche des archéologues. C’est l’ancêtre de nos fast-food. On pouvait y manger rapidement un repas chaud et y boire un verre de vin. Les clients étaient surtout des gens pauvres qui ne possédaient pas de cuisine, les ouvriers en train de refaire la rue et les gladiateurs dont la caserne est proche. Les plats servis sont très bon marché.

Sur le côté du comptoir, des fresques sont retrouvées, dont l’une présente les nymphes marines du cortège de Poséidon, dieu de la mer. Le squelette retrouvé dans la rue au niveau de cette taverne était peut-être le propriétaire de celle-ci.

Fresque d’une nymphe

Le silence s’est abattu sur Pompéi en ce 24 octobre 79, figeant dans le temps cette ville trépidante de presque 40 000 habitants, bruissante de vie. Deux mille ans plus tard et avec un peu d’imagination, nous pouvons soulever le voile du temps et partager l’intimité des habitants de cette magnifique cité romaine. Nous pouvons nous promener en pensée dans l’une de ses rues pavées, entendre les rires des enfants, une dispute éclatant entre une esclave et sa maîtresse, les boniments des hommes politiques cherchant à se faire élire, le caquètement des poules et l’aboiement des chiens, des chats qui se battent plus loin, les roues des chariots qui franchissent les passages piétons, l’écoulement de l’eau dans une fontaine, les cris des ouvriers s’interpellant et par-dessus tout cela, le chant des oiseaux, le même que celui qu’on peut entendre aujourd’hui lorsque nous déambulons, incontestablement émus, dans les ruines de ce qui constitua l’une des perles de l’Empire romain.

Reconstitution d’une rue de Pompéi
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