Préhistoire

L’Atlantide : le sujet-cactus

Evoquer l’Atlantide, c’est comme avoir affaire à un cactus. On trouve ça beau, mystérieux, fascinant, mais dès qu’on y met les doigts, on se pique et on comprend vite que le sujet est dangereux.

Peu de chercheurs ont osé en parler car ils savaient qu’ils mettraient en jeu leur carrière. Le risque de perdre un salaire régulier et une reconnaissance sociale pèse hélas plus dans la balance que n’importe quel domaine d’étude, fusse-t-il passionnant. Les seuls qui se penchent dessus ne le font que pour rire de ceux qui creusent le sujet, la plupart du temps en amateurs.

Reconstitution de la Troie d’Homère

Il y a un vieux proverbe français qui dit : « il ne faut jamais dire jamais ». Pendant des décennies, on a dit que les chasseurs-cueilleurs ne bâtissaient pas dans la pierre. Et on a découvert Göbekli Tepe. Pendant des décennies, on a dit que les écrits d’Homère n’étaient qu’une légende. Et Heinrich Schliemann a découvert la ville de Troie. Pendant des décennies, on a dit que l’outil était apparu avec le genre Homo et on a découvert au Kenya des outils vieux de 3,3 millions d’années, soit 700 000 ans avant l’apparition du genre Homo.

Je ne dis pas que l’Atlantide a existé mais, à la lumière de ce que nous apprennent régulièrement les nouvelles découvertes, j’apprends à être humble et à garder l’esprit ouvert. Pour paraphraser Socrate, « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Les scientifiques qui pensent tout savoir et ne plus rien avoir à découvrir sur un sujet donné ne sont que des fats. Et ceux-là peuvent bien rire, n’est-ce pas ?

Archéologie sous-marine

En bonne scientifique, j’ai besoin de preuves, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Pour l’instant, personne ne peut prouver, sauf à faire la preuve de sa malhonnêteté intellectuelle, que l’Atlantide a existé ou n’a pas existé. Ladite personne ne peut avoir que des convictions. Or Conviction n’est pas Vérité. L’humilité doit fonctionner dans les deux sens : chez le chercheur universitaire qui sait que seulement une infime partie de ce qui peut être découvert sous la terre (ou sous la mer) l’a été, car l’archéologie est une science encore très jeune et n’a que de très petits moyens financiers ; et chez le chercheur indépendant qui a souvent tendance à prendre ses convictions pour des preuves et se double parfois d’un égo surdimensionné qui le pousse à vouloir « faire le buzz », comme on dit aujourd’hui, faisant fi de la prudence nécessaire devant toute découverte.

Certains même crient au complot, décrétant que les scientifiques cacheraient sciemment des choses afin que le « pauvre petit peuple » soit privé de la connaissance de son véritable passé. Tout cela n’est que délire d’esprits névrosés. Les chercheurs universitaires, armés de leur maigre salaire, n’ont pas de tels moyens à leur disposition.

Archéologue au labo

L’archéologie est une discipline qui, si elle étudie les temps passés, a aussi besoin de beaucoup de temps pour affirmer ou infirmer une hypothèse. Elle ne peut s’accommoder de cette instantanéité dont notre société souffre de nos jours, sitôt publié sur un réseau social, sitôt oublié et on passe à autre chose. Non, l’archéologie se pratique sur la longueur. Ce n’est pas un 100 mètres mais un marathon. C’est la raison pour laquelle, face à un sujet dont il ne sait que très peu de choses, le scientifique préfère se taire plutôt que d’énoncer des absurdités. On voudrait de lui qu’il nous donne toutes les réponses, là, tout de suite, maintenant. S’il le faisait, ce serait un imposteur.

Méfions-nous comme de la peste de ces experts autoproclamés qui abondent dans le monde scientifique comme dans la société tout entière et qui ont souvent pour principal but d’occuper le devant de la scène médiatique à des fins politiques ou idéologiques.

Maintenant que j’ai mis le lecteur en garde, revenons un peu au sujet-cactus de l’Atlantide.

Il est bien établi aujourd’hui par la communauté scientifique qu’il n’existe qu’une vision possible de l’évolution de l’Homme et de ses sociétés. Depuis son ancêtre simiesque, l’Homme a développé ses savoir-faire jusqu’à faire naître les grandes civilisations de l’Antiquité vers 3500 avant J.C. : d’abord en Mésopotamie, puis en Egypte, etc. En même temps que la civilisation naît l’Histoire avec l’apparition de l’écriture. Puis se sont déroulés des siècles de progrès qui ont peu à peu mené l’Homme vers la civilisation développée et hautement technologique que nous connaissons aujourd’hui.

Voilà l’Histoire de l’Homme telle qu’elle est communément admise par le plus grand nombre, que ce soit par les scientifiques eux-mêmes ou par le public, érudit ou moins érudit. Pourtant, depuis le début même de la recherche scientifique, vers le milieu du XIXème siècle, des voix discordantes se sont élevées, notamment parmi la communauté scientifique, mettant en exergue ce que la science ne pouvait expliquer.

Ces « hérétiques » s’opposaient à cette vision linéaire de l’évolution humaine et voyaient dans certains sites archéologiques de la plus haute antiquité et nombre d’écrits anciens les témoignages d’une civilisation avancée qui se serait développée à la fin du Paléolithique et qui aurait disparu avant même que le Néolithique ne commence, aux alentours de 10 000 avant J.C.. Pour eux, les civilisations antiques seraient les héritières d’un savoir plus ancien qui leur aurait été transmis par les survivants de cette civilisation.

Platon

Ces scientifiques déviants se basaient sur la lecture de deux ouvrages de Platon, le Timée et le Critias, pour nommer cette civilisation pré-historique « l’Atlantide ». Nous parlons aujourd’hui du mythe de l’Atlantide pour désigner cette théorie qui n’a jamais cessé d’avoir des partisans depuis qu’elle a été énoncée. Une abondante littérature en a découlé et certains personnages peu recommandables se sont servis de cette théorie d’un monde disparu pour servir leurs idéologies nauséabondes : Adolf Hitler affirmait ainsi la supériorité de la race aryenne en prétendant qu’elle descendait des Atlantes. Depuis une quarantaine d’années, le mouvement New Age s’est à son tour emparé de ce mythe et l’on voit fleurir dans cette mouvance les théories les plus farfelues, donnant naissance à des romans divertissants ou prenant le visage inquiétant de manipulations mentales entreprises par des mouvements sectaires peu recommandables.

Avec les progrès de la science et les nouvelles possibilités de recherches qu’offrent les technologies dont nous disposons actuellement, il devient néanmoins évident que certains pans de la recherche ont été ignorés car incompris, au profit de ce qui était d’accès plus simple. Ce qui ne « collait pas » avec la théorie dominante et reconnue par tous était simplement écarté et allait s’endormir sous la poussière des réserves d’un musée.

Il serait bon aujourd’hui que les tenants des deux camps se rencontrent afin d’aplanir les connaissances au sujet du mythe d’une civilisation disparue. Chaque camp émet des hypothèses qui devraient être analysées à la lumière des sources dont dispose ce mythe : témoins archéologiques et écrits anciens. Il est peu probable que des réponses définitives soient apportées car la science contient en elle-même l’impossibilité d’émettre une vérité : elle a pour principe de base de sans cesse remettre en question les connaissances dont dispose l’Homme. Les « vérités » qu’elle énonce ne peuvent donc qu’être éphémères puisque faisant déjà l’objet d’une nouvelle recherche se basant sur les résultats obtenus. Telle une armée, la recherche scientifique est perpétuellement en marche, ne se reposant jamais sur ses lauriers, ayant toujours de nouveaux territoires à conquérir.

Souvent, ce qui discrédite la possibilité de l’existence d’une civilisation antédiluvienne est le manque de cohérence et l’éparpillement dans la recherche : certains situent l’Atlantide en Méditerranée, d’autres dans l’Atlantique, d’autres encore en Antarctique ou dans d’autres lieux de la planète. Pour expliquer sa disparition, certains envisagent la possibilité d’une météorite engendrant un cataclysme mondial, d’autres parlent d’un mouvement des plaques tectoniques ou de l’explosion d’un immense volcan.

Il n’en reste pas moins qu’il s’est produit sur Terre, au Dryas récent, un événement qui a perturbé le climat au point de plonger le monde dans un brusque refroidissement climatique. Le Dryas est la période climatique s’étendant d’environ 16 000 à environ 9 500 avant J.C. C’est la fin de la dernière glaciation (celle dite de Würm). La Terre est en train de se réchauffer. L’inlandsis recouvrant une partie de l’Eurasie et de l’Amérique est en très net recul. Pourtant, vers 10 800 avant J.C., il se produit un événement qui va à nouveau plonger la Terre dans le froid, et un froid encore plus intense que ce qu’elle avait connu au Paléolithique. Pendant 1 300 ans (Dryas récent ou Dryas III), le climat est très rigoureux, mettant fin à la culture magdalénienne (celle qui a peint Lascaux et nombre d’autres grottes ornées). C’est aussi l’époque de la disparition de la grande faune du Pléistocène : mammouths, tigres à dents de sabre, rhinocéros laineux, etc. Certains ont imputé ce refroidissement à la chute de météorites qui aurait plongé une grande partie de la planète dans un « hiver nucléaire ».

Et puis, tout aussi brusquement, à la fin de cette période de 1 300 ans, vers 9 500 avant J.C., le climat se réchauffe très vite, en quelques décennies, provoquant une montée tout aussi brutale du niveau des mers, de nombreux territoires se trouvant irrémédiablement inondés. C’est à cette période que tous les récits de Déluge existant curieusement dans les cultures de la planète entière situent l’arrivée de personnages qui transmettent leurs connaissances à une population plus primitive, et c’est à cette époque que Platon situe la destruction de l’Atlantide. Ces récits contiendraient-ils une part de vérité et nous laisseraient-ils imaginer l’existence d’une île-continent, l’Atlantide, à la civilisation avancée, et qui aurait été engloutie par les flots ? Certains y voient la possibilité d’un second impact de météorites.

Il y aurait tellement à dire sur ce sujet qu’un article de blog n’y suffirait pas. J’avoue que ce sujet me passionne, autant pour les implications concernant l’histoire de l’Humanité que pour les possibilités dans le champ de la recherche.

Météorite en Russie, 2013

Depuis la découverte de Göbekli Tepe (vous aurez remarqué que ce site me fascine particulièrement), on ne peut plus nier que l’histoire ne s’est peut-être pas déroulée tout à fait comme cela nous arrangeait de l’imaginer, nous plaçant ainsi tout en haut de l’échelle du progrès et de la connaissance, satisfaisant notre orgueil. Et si nous n’étions pas les premiers ? Si une météorite s’écrasait sur Terre aujourd’hui, suffisamment grosse pour provoquer un souffle réduisant en poussière tout ce qui se trouverait à sa portée, que resterait-il de notre « progrès » ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez que je vous en dise plus, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire.

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