Antiquité

Les Antiquités nationales ou la fierté d’un peuple

Comme leur nom l’indique, les Antiquités nationales concernent… les Antiquités nationales. Voilà un beau truisme que Monsieur de la Palisse n’aurait pas renié.

Les Antiquités nationales traitent donc des découvertes archéologiques propres à un pays donné. En ce qui concerne la France, les Antiquités nationales courent de la Préhistoire à l’époque mérovingienne. On y croise aussi bien le bâton propulseur au cheval bondissant datant du Magdalénien (env. -15 000) en bois de renne et découvert à Bruniquel dans le Tarn-et-Garonne, que le baptistère Saint-Jean de Poitiers bâti à partir du IVe siècle, en passant par le Trésor de Vix retrouvé dans la tombe d’une princesse celte en Côte-d’Or et daté d’environ -520, soit pendant la période de Hallstatt.

Musée d’Archéologie nationale

Il s’agit donc d’une très longue période que l’on peut notamment parcourir en se rendant au musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye. Installées dans le château qui fut l’ancienne résidence des Rois de France, les collections sont regroupées selon les grandes périodes préhistoriques et historiques que la France a connues avant l’avènement de la dynastie des Carolingiens au milieu du VIIIe siècle de notre ère. 30 000 objets environ sont actuellement exposés tandis que 3 millions d’autres artefacts reposent en sécurité dans les réserves du musée, ce qui laisse songeur quant à la richesse de notre patrimoine le plus ancien.

Si l’on trouve à Saint-Germain-en-Laye les principales collections d’antiquités françaises, chaque musée d’archéologie de France possède des collections locales qui font le bonheur des érudits et des touristes.

Bien sûr, certaines réalisations ne peuvent se rencontrer dans un musée, comme le baptistère Saint-Jean de Poitiers précédemment cité ou encore toutes les grottes ornées du Paléolithique. Pour découvrir ces merveilles, il vous faudra accomplir un tour de France culturel.

Aux racines de l’art français

La plus ancienne des périodes des Antiquités nationales en France est le Paléolithique. C’est là que l’on rencontre les premières manifestations artistiques des « Français » qui n’en étaient pas encore, ainsi qu’un très grand nombre d’outils taillés dans la pierre. Les plus anciennes œuvres sont celles de la grotte Chauvet, datées d’environ -35 000. Avant cela, rien (du moins rien qui nous soit encore connu) et d’un seul coup, la représentation parfaite d’animaux sauvages, comme si quelqu’un avait subitement reçu tout le savoir-faire nécessaire à la réalisation de peintures. Le Prométhée d’Eschyle aurait-il fait un voyage d’agrément en Ardèche à cette lointaine époque ? En tout cas, même sans faire appel à un mythe, cela ne peut que nous laisser rêveurs. En effet, combien d’autres sites, en attente d’être découverts, dorment-ils quelque part et combien d’entre eux, peut-être encore plus anciens que la grotte Chauvet, nous dévoileront-ils les étapes du cheminement de l’Homo sapiens vers la maîtrise du dessin ? Car si ces sites n’ont jamais existé, comment alors expliquer le niveau de maîtrise technique et esthétique des représentations de la grotte Chauvet ? (A lire, mon article sur le sujet)

Grotte Chauvet
La toundra au Paléolithique

Le Paléolithique supérieur s’étend en France d’environ -45 000 à -9 700. Au cours de cette longue période, il fait froid et parfois même très froid, comme il y a 20 000 ans, quand les îles britanniques et tout le nord de l’Europe étaient pris dans la glace et qu’on pouvait aller de ce qui est aujourd’hui le Nord de la France jusqu’en Angleterre à pied car la Manche n’existait pas. A la place florissait chichement une toundra comme on en rencontre aujourd’hui dans les régions polaires.

Néanmoins, ces conditions peu favorables n’ont pas empêché l’épanouissement de cultures humaines et l’explosion de l’art sous les formes les plus diverses.

Parmi les chefs-d’oeuvre de cette période, la grotte Chauvet et celle de Lascaux, la Dame de Brassempouy ou le propulseur au faon du Mas d’Azil.

Réchauffement climatique

Puis vient le Mésolithique (environ -9 700 à -6 000), marqué par un fort radoucissement du climat. Les forêts poussent. Les mammouths disparaissent tandis que les rennes remontent plus au nord. Une nouvelle faune se met en place : sangliers, cerfs, chevreuils. L’humain doit élaborer de nouvelles techniques de chasse dans ces milieux fermés et invente l’arc. Son mode de vie reste néanmoins le même que celui de ses ancêtres paléolithiques : pêche, chasse et cueillette.

Ce qui marque le Mésolithique, c’est la fin des grottes ornées et de cette culture magdalénienne si riche et complexe. L’art se résume désormais à des galets peints de signes géométriques et dont on ne connaît pas encore la signification. Cette période semble marquer un recul dans les conceptions esthétiques et symboliques humaines qui mettront des millénaires à se reconstituer pour revenir au niveau qu’elles possédaient précédemment. Le mésolithique apparaît ainsi en France comme une période d’adaptation des humains à un réchauffement du climat relativement brutal, à une perte de repères culturels, ce qui n’est pas sans résonance avec la situation actuelle.

Une révolution culturelle

Alignements de Carnac

A partir de -6 000, les pratiques des peuples immigrés du Proche-orient se répandent en France. C’est le Néolithique (de -6 000 à -2 200). Les habitants de l’Europe abandonnent le nomadisme, adoptent l’agriculture et utilisent la poterie. Ce qui marque la période en France, c’est le phénomène mégalithique. Tumulus, menhirs, cromlechs et autres dolmens poussent comme des champignons sur le sol français et particulièrement sur la façade atlantique.

« Nos ancêtres les Gaulois »

Cône d’Aventon

Avec l’Age du Bronze (-2 200 à -750), la société se hiérarchise davantage. L’un des chefs-d’oeuvre de l’époque est le cône d’Aventon en or, trouvé dans la Vienne.

Casque de l’Age du Fer

A l’Age du Fer (-750 à -52), Une aristocratie militaire fait son apparition et avec elle les attributs de sa puissance : casques, épées, jambières, cuirasses. C’est l’époque où l’Europe est principalement de culture celtique (les Gaulois sont un peuple celtique tardif). L’un des chefs-d’oeuvre de cette période est le trésor de Vix, découvert dans une tombe à chars occupée par une femme, rare exemple d’une société dirigée par une aristocratie de type matriarcal. La pièce maîtresse de ce trésor est constituée par un cratère, vase en bronze d’1,64 m de haut et pesant plus de 200 kg. Un cratère était habituellement destiné à contenir un mélange de vin, d’eau et d’aromates distribué aux convives (la sangria de l’époque). Mais celui-ci était bien trop imposant pour remplir cet office et était plus vraisemblablement un cadeau diplomatique. Il avait été fabriqué dans les ateliers de Grande Grèce (Italie du Sud) et avait été acheminé jusqu’en Bourgogne malgré sa taille et son poids, ce qui en faisait un objet de très grande valeur. Son décor, une frise de hoplites suivant à pied des quadriges dirigés par des auriges ainsi que les figures de Gorgones ornant les anses, fait de ce cratère un chef-d’oeuvre du bas-relief grec dont le territoire français a eu la chance d’hériter. Cette pièce nous montre également la richesse des réseaux commerciaux et diplomatiques de l’époque.

Au musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye, la collection d’art celtique est l’une des plus riches du monde.

Veni, vidi, vici

César termine sa conquête de la Gaule en -52 et celle-ci est intégrée dans l’Empire romain. Urbanisation, construction d’édifices publics, réseau routier, les Romains aménagent la Gaule comme tout le reste de leur Empire.

Forum de Lugdunum (Lyon)

Peu à peu, les Gaulois se « romanisent » et deviennent des Gallo-romains, adoptant les us et coutumes du peuple vainqueur. Les artisans et les artistes gaulois se forment aux techniques romaines et l’on voit fleurir, partout sur le territoire gaulois, des exemples d’un art qui ne déparerait pas les maisons pompéiennes.

Dans les Villae, ces riches maisons bourgeoises au cœur d’un domaine agricole, les sols sont revêtus de mosaïques et les murs de peintures dans le plus pur style romain.

Se détachant des influences romaines, les artistes gallo-romains créent néanmoins leur propre style, le décor à candélabres.

La France à ses balbutiements

En 410 de notre ère, Rome est saccagée par Alaric, roi des Wisigoths. Elle ne s’en relèvera pas. Le 4 septembre 476, Romulus Augustule, dernier empereur romain, abdique. C’en est fini de l’Empire romain et de l’Antiquité. Bref, c’est la fin d’une époque, dirait-on aujourd’hui.

En Gaule romaine, au Ve siècle, la désorganisation du pouvoir romain permet à un peuple venu de ce qui est aujourd’hui les Pays-Bas, d’envahir peu à peu le territoire : ce sont les Francs, des immigrés qui donneront pourtant leur nom à notre pays.

Formés auprès des Romains, les représentants des grandes familles franques, afin de mieux se rendre maîtres des terres et des cœurs, adoptent la religion venue de Rome (le christianisme) et les coutumes romaines, ce qui leur permettra d’acquérir un important pouvoir local.

Parmi ces familles, celle de Childéric Ier (issue de Mérovée, un roi des Francs plus ou moins légendaire) va se faire particulièrement remarquer et fonde la dynastie mérovingienne qui régnera sur la France jusqu’au milieu du VIIIe siècle.

Le baptême de Clovis

Le roi le plus célèbre de cette dynastie est Clovis, dont la conversion au christianisme vers l’an 500 a été représentée sur une plaque de reliure en ivoire plus tardive (IXe siècle) et conservée à Amiens, au musée de Picardie.

Les querelles familiales auront raison de cette dynastie qui sera balayée par celle des Carolingiens, issue de Charles Martel, vainqueur des Sarrasins à Vouillé, près de Poitiers.

L’architecture, l’enluminure et l’orfèvrerie sont parmi les joyaux de l’art mérovingien. Pour l’architecture, nous pouvons citer le baptistère Saint-Jean de Poitiers ou la crypte de Notre-Dame de Jouarre, en Seine-et-Marne.

L’orfèvrerie tient une grande place dans l’art mérovingien, symbole du pouvoir des rois. Fibules, calices et patènes en or et pierres précieuses sont légion.

Les rares enluminures mérovingiennes à avoir survécu aux outrages du temps témoignent de la maîtrise d’un savoir-faire et de la riche activité intellectuelle des scriptorium des premières abbayes, comme celle de Luxeuil, dans les Vosges.

Cocorico

Maison carrée de Nîmes

Les Antiquités nationales, hors les grands chefs-d’oeuvre que constituent les grottes ornées, le mystère revêtu par les alignements de menhirs ou la délicatesse des colonnes de la Maison Carrée de Nîmes, restent globalement méconnues du grand public.

Alors en ce beau mois d’août, au lieu d’aller vous agglutiner sur des plages surchauffées et bondées, pourquoi ne pas en profiter, où que vous soyez en France, pour redécouvrir les riches racines de notre beau pays ?

Vous en reviendrez émerveillés et plus forts de vous sentir portés par tous nos ancêtres vagabonds, Cro-Magnon nomade, premiers agriculteurs venus du Proche-Orient, Celtes originaires d’Europe Centrale, Romains d’Italie (héritiers des Grecs) et Francs d’Europe du Nord. Tous, apportant avec eux leurs propres racines, ont contribué à façonner ce qui est à présent la France, un melting-pot de cultures venues du fond des âges qui se sont mélangées, brassées et desquelles a rejailli, à chaque période, ce qui fait aujourd’hui notre fierté nationale.

0 Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
22 − 18 =